COMPRENDRE LE RÉGIME DE LA PROTECTION SOCIALE EN GUINEE

La Sécurité sociale est l’affaire de tous. Nous la vivons au quotidien et tout au long de notre vie. Elle assure une garantie contre les risques professionnels en offrant aux travailleurs et leurs familles diverses prestations qui sont détaillées dans le code de la sécurité sociale. Mais force est de reconnaître que cette protection est assez insuffisante pour empêcher les pensionnés  de tomber dans la perte drastique de leurs gains.

Pour débattre de cette question vitale pour les travailleurs  pro-emploiguinee.com a interviewé un consultant, un éminent expert sur la  PROTECTION SOCIALE en la personne  de Monsieur Soriba Yansané. Son rêve est de doter son pays une politique de régime complémentaire en faveur des salariés guinéens.

Chers lecteurs  lisez ci-dessous  l’analyse de l’expert de la protection sociale.

Question: le terme ‘’Protection Sociale’’ existe dans les textes guinéens mais méconnu des travailleurs,  selon vous c’est  quoi la Protection Sociale ?

Réponse: Je vais essayer de vous donner deux définitions, la plus simple pour que les gens comprennent bien. Une protection a deux paliers, un régime de base que nous avons ici avec la Caisse Nationale de la Sécurité Sociale de Guinée. C’est un régime obligatoire, ça veut dire que tous les salariés du privé doivent être affiliés à la Caisse Nationale de la Sécurité Sociale qui leur procure une protection obligatoire qui est un régime de base. Après il y a un deuxième palier qu’on appelle le Régime Complémentaire. Donc en résumé, une protection sociale, c’est un régime plus un régime complémentaire qui n’existe pas dans notre pays.

Question: Quelle est l’importance de la protection sociale pour le travailleur en personne et même collectivement ?

Réponse: Je vous dirais que c’est un droit fondamental pour un travailleur. Un salarié crée de la richesse pour le pays. Je prends un exemple, un salarié qui travaille une trentaine d’années c’est toute sa carrière. Trente années après, il est à la retraite. Je ne vous dirais pas la situation actuelle de ce  retraité. Pour les informations que j’ai glanées  en faisant immersion dans des entreprises, le plafond de cotisation pour tous les salariés  directeurs ou plantons était avant à Un million Cinq Cent mille Francs Guinéens                (1 500 000 fg).

Aujourd’hui, je crois que la donne a un peu changé. Il parait que c’est maintenant Deux millions Cinq Cents Mille Francs Guinéens (2.500.000 fg).Trente  années  après, ne vous étonnez pas que vous ayez des miettes. Je vais vous citer un exemple : je ne vous citerais pas l’entreprise  c’est un cadre qui occupait le poste de  Directeur qui touchait Quinze Millions de Francs Guinéens (15 000 000fg) par mois. Il est à la retraite depuis  deux ans  il touche Un Million Cinq Cent mille Francs Guinéens (1 500 000fg) par trimestre. Ça veut tout dire tout. Si nous ne faisons pas quelque chose sur ce problème-là, le problème de la retraite dans ce pays; la situation des retraités d’aujourd’hui sera la situation des actifs d’aujourd’hui. C’est aussi simple que cela.

C’est pourquoi j’insiste par ce que pour moi c’est un projet vital. Les actifs d’aujourd’hui seront les retraités de demain, donc il faut faire quelque chose et maintenant.

Question : Aujourd’hui en tant que spécialiste dans le domaine de la Protection Sociale quel regard portez-vous sur cet état de fait en Guinée ?

Réponse: La protection sociale en Guinée, elle est soit incomprise, soit méconnue, soit ignorée.

A actuellement  la protection sociale en Guinée comprend trois (3) entités : la Caisse Nationale de la Sécurité Sociale qui concerne les privés ; l’INAMO et la Caisse de Prévoyance qui ont été mises en place en 2014 pour les Agents de l’Etat.

Donc on peut dire que pour les Fonctionnaires et les Agents de l’Etat  le problème est presque résolu.

Pour moi, ceci entraîne  à mon sens, une injustice sociale entre le secteur privé et le secteur public.

Donc il faut essayer de trouver une solution pour annuler cette injustice sociale-là. La seule solution est de faire comprendre au pouvoir public de ce pays, qu’il faut un régime complémentaire pour les salariés du privé. C’est aussi simple que ça… !

Question: Alors quelle différence pouvons-nous établir entre le régime complémentaire et la protection sociale ?

Je vous ai dit à l’entame de notre entretien que la protection sociale c’est deux volets le régime obligatoire et le régime complémentaire. Le régime obligatoire  a ses quatre branches c’est-à-dire vous arrêtez de travailler pendant trente ans de carrière vous avez droit à une pension à la Caisse de Sécurité Sociale. Mais si votre entreprise n’a pas mis en place un régime complémentaire vous serez dans la situation des retraités d’aujourd’hui, c’est pourquoi je milite pour une vraie politique sociale pour ce pays.

Aujourd’hui certaines banques comme la BICIGUI et la BCRG ont mis en interne une retraite complémentaire pour ses salariés mais elles ont confié la gestion à une compagnie d’assurance. Moi ce que je veux c’est une harmonisation de ce droit pour ceux du privé et du public dans le pays.

Question: Vous vous battez pour que la protection sociale et le régime complémentaire soient une réalité en Guinée quels sont les mécanismes pour leurs mises en œuvres ?

Alors je vous ai dit que je suis là en tant que consultant indépendant, j’ai une convention de partenariat avec deux groupes d’assurances avec lesquels j’essaie de véhiculer ce message. J’ai aussi une mission de proposition pour les banques de Guinée parce qu’il faut savoir que toutes les banques de Guinée sont en négociation, les syndicats ont mis la pression sur leurs directions pour avoir une retraite complémentaire. Donc je suis en collaboration avec eux pour essayer de collecter des informations qui consiste à connaitre le diagnostic social de chaque banque. Ça veut dire, est ce que les banques ont mis en place une couverture sociale pour leurs salariés aujourd’hui c’est cela ma mission au terme de laquelle je ferai mes propositions que j’estime seront prises en compte.

Question: Vous mentionniez tantôt…et d’ailleurs  vous avez pris un exemple sur un ancien directeur d’une entreprise de la place qui touchait  (15.000.000fg) quand il etait actif mais une fois à la retraite il perçoit (1 500 000fg le trimestre… Est-ce que vous avez pris connaissance de la situation des retraités du public aussi ?

Réponse: Ah… ! La situation des retraités du public est plus complexe. Je n’ai pas beaucoup d’informations à leur sujet. Mais ce que je sais jusqu’en 2014 date de mise en place de ces deux institutions l’INAMO et la Caisse de Prévoyance  les fonctionnaires touchaient leurs pensions á travers  le Ministère des Finances.

Maintenant que ces deux institutions sont créées, l’INAMO représente leur régime obligatoire maladie, la Caisse de Prévoyance leur régime complémentaire. Maintenant, je ne sais pas, est-ce qu’on a commencé à prélever les cotisations sur les agents de l’Etat ? Ça, je n’en sais rien ! Mais on peut dire que la création de ces deux entités prouve que les agents de l’Etat ont une protection sociale : un régime de base et un régime complémentaire.

Question: On a l’impression que c’est un grand fossé qui existe entre les travailleurs du public et ceux du privé, une fois à la retraite. Mais  vous vous battez pour que cette inégalité cesse, quels sont les leviers sur lesquels vous comptez pour atteindre vos objectifs ?  

Réponse: D’abord vous les médias, ensuite il faut d’abord un message, une pédagogique pour expliquer au public, aux salariés que la protection sociale est un droit fondamental pour eux. Mais  encore  faudrait-il qu’ils le sachent, donc c’est là ma mission. Et j’ai presque rencontré les ¾ des institutions financières dans ce pays. Je continue mes concertations pour connaitre le diagnostic social réel des salariés du privé. Donc c’est un long chemin, un parcours  je dirai même un sacerdoce de mener ce travail. Et je vous avoue que partout où je suis passé on m’écoute par ce qu’en Guinée cela n’existe pas donc je compte sur les uns et les autres pour la réussite de cette mission. Les salariés du privé de ce pays ne méritent pas une telle situation ; ils ont crée de la richesse donc après leurs carrières ils doivent vivre décemment.

Question: La situation des retraités de ce pays laisse à désirer qu’est ce que vous proposez aux travailleurs mais aussi aux entreprises pour apporter des solutions á cette couche vulnérable ?

Réponse: De mes différents rencontres avec les responsables des entreprises chaque fois que j’évoque ce sujet ils pensent déjà à une charge supplémentaire moi je leur dit non. Aujourd’hui vous payez des cotisations à la CNSS il faut juste se mettre autour d’une table pour expliquer la portée de cette cotisation supplémentaire. Ne leur cachez pas la vérité en leur disant que si vous ne préparez votre retraite il vous sera fatal demain. Parce que la situation de la retraite est une solidarité intergénérationnelle c’est-à-dire que c’est aujourd’hui que les actifs doivent réparer leurs  retraites. Donc si vous participez à cette solidarité d’autres le fairont pour vous.

Question:Est-ce que cette politique peut réussir  sans l’appui de l’Etat ?

Réponse: Alors je pense que nous qui sommes concernés  soyons les premiers à entamer  la démarche c’est-à-dire que nous avons la volonté de mettre en place pour les salariés du privé un régime complémentaire. C’est par cette démarche qu’on obligera les pouvoirs publics à venir vers nous. Après les privés demanderont une close de désignation c’est-à-dire l’entité qui sera créer pour l’effectivité du régime complémentaire et on demandera à l’Etat de la validée par ce que cette entité sera pérenne.

Question: Qu’est ce que vous attendez concrètement au terme de votre mission est-ce une loi pour le respect scrupuleux de ces deux régimes en Guinée ?

Réponse: Vous avez raison parce que le poids de la loi permettra la pérennité de ce projet, mais c’est une longue marche pour l’instant je suis seul a porté ce projet. Je compte travailler  avec des hommes et des femmes qui ont compris la portée de ce projet et ensemble nous formerons après un noyau dur pour pour aller plus loin dans notre démarche.

                                                                                             Merci monsieur Yansané

 

 

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